Aube et Crépuscule
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 Mémoires d'Athénaïs de Fontanges

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AuteurMessage
Athénaïs de Fontanges
Bibliothécaire/ modératrice
Athénaïs de Fontanges


Messages : 81
Date d'inscription : 06/01/2010
Localisation : Dans la damnation éternelle, donc loin de Versailles

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MessageSujet: Mémoires d'Athénaïs de Fontanges   Mémoires d'Athénaïs de Fontanges EmptyMer 13 Jan - 16:38

Journal mental d'Athénaïs de Fontanges, extrait de la Révolution.

Toute de blanc vêtue, Athénaïs descendit de l'estrade et s'approcha de Talleyrand pour entendre la messe. Elle aurait dû grelotter dans une robe aussi délicate, alors qu'il faisait aussi mauvais. Enthousiaste, elle souriait et palpitait quelque peu avec cette multitude de gens qui bougeait autour d'elle; ces gens remplis de vie, alors qu'elle en était dépourvue.

Depuis le temps qu'elle se glissait dans l'entourage du roi de France pour le prévenir que cela allait arriver, Athénaïs ne ressentit aucune peine alors qu'elle avait vu sa caste tomber. Au contraire, une joie profonde s'était prise d'elle. C'était cette jalousie, ces idées prétendument nobles qui l'avaient mené à sa mort, à son assassinat. Que le Tiers-État prenne le pouvoir était une chose fantastique! Athénaïs, qui allait incognito aux Tuileries, vivant dans l'entourage du Roi, de la Reine et de leur minuscule suite, ne reconnut rien de ce qui faisait la grande race des Bourbons en Louis XVI lorsqu'il arriva de Saint-Cloud et prit place dans l'estrade de l'École militaire. Elle détourna vivement l'attention pour regarder le général La Fayette, en grand uniforme.

Le mouvement de foule était de plus en plus grand sur le Champ-de-Mai et on commençait à se bousculer. Ce fut alors le moment décisif de la Fête de la Fédération. Louis XVI prêta serment à la Nation et à la Loi. Un sourire mesquin prit les lèvres de la vampire alors qu'elle les retroussait laissant paraître ses dents.

On chanta un Te Deum puis on s'embrassa. Au milieu de toute cette agitation, Athénaïs, qui passait pour une jeune fille effrayée et timide, cherchait sa victime pour un dîner rapide. Qui se poserait des questions sur un mort dans toute cette agitation? Alors que les participants à la fête descendaient de l'estrade et allaient dans le centre avec les soldats, Athénaïs repéra sa victime: une enfant, qui pleurait, serrant une poupée de chiffon dans ses bras. Elle avait sûrement perdu ses parents. Une aubaine pour Athénaïs, qui haussait déjà ses jupes pour se jeter sur l'enfant.

Cependant, ce plan était fait sans compter sur le mouvement de foule qui se produisit à ce moment. Sans prévoir ce qui allait se passer, Athénaïs se fit renverser par un groupe de révolutionnaires. Avec un cri qu'elle ne put retenir, elle s'effondra sur le sol. Sans penser à son immortalité, Athénaïs se protégea de ses bras et attendit que la folie passe. Après un moment, le silence se produisit autour d'elle, ou plutôt le bruit se déplaça. Elle ouvrit les yeux et leva un peu la tête. La jeune femme ne vit qu'une main devant elle. Sans hésiter, elle la prit et se remit vivement sur ses pieds, ce qui était un mouvement un peu étrange pour un simple humain. Pourtant, l'homme qui était devant elle ne posa pas de questions, la regardant avec un grand sourire.

-Vous voilà toute sale, mademoiselle, déplora-t-il.

Athénaïs le regarda. Une peau légèrement foncée, une peau respectable pour un soldat faisait écho aux yeux noisette aux longs cils, réhaussés de beaux sourcils. Le nez du jeune homme était un peu large, mais droit. Son menton pointu donnait à ce visage un air hautain, qui était loin de déplaire à la jeune femme. Des cheveux bruns ondulés à la hauteur des épaules renforçaient l'image douce qu'il donnait.

-Merci infiniment, monsieur, répondit-elle, en jetant un regard derrière lui pour voir si la fillette était encore là.

Négatif. Soupirant, Athénaïs promit de se rabattre sur ce jeune soldat, qui ne serait certainement pas très dur à traîner jusqu'à chez elle. Elle souhaita donc gentiment le séduire, pour avoir sa confiance.

-Qui êtes-vous, monsieur? Un soldat aussi galant... C'est rare qu'on voie cela dans ces temps troublés.

-Louis Antoine Saint-Just, mademoiselle.

Athénaïs, qui secouait actuellement ses jupes, releva la tête vers le jeune homme, avec d'immenses yeux. Ayant conservé sa main dans la sienne, elle la serra plus fort.

-Monsieur Saint-Just? L'auteur de l'Organt?

Étonné, Louis-Antoine recula.

-La Révolution est un échec, si d'aussi jeunes et jolies filles que vous, lisent ce genre d'ouvrage.


Présomptueux!

-La Révolution est un échec, monsieur, si des hommes écrivent des ouvrages et ont soudainement honte de leurs écrits si de simples femmes les lisent.

-Non, ce n'est pas ce que je souhaite dire, tenta-t-il, de se reprendre.

-Monsieur, sachez que, malgré l'intérêt littéraire et poétique que représente votre oeuvre, de tout temps, il a existé des jeunes gens prétentieux, préoccupés de sexe et souhaitant la provocation. Cependant, je ne sais si vous êtes réellement qualifié pour être député de la Convention nationale.
Saint-Just la regardait, étonné.

-Eh bien, mademoiselle, vous avez la verve facile et des opinions bien tranchées. J'admire vos idées et le fait que vous les exprimiez.

À cet instant, Athénaïs ne sut si elle avait davantage envie de son sang ou de lui. Distraitement, elle prit son bras et leva la manche de son uniforme. Regardant son poignet et les veines qui y régnaient, elle confirmait son idée. On ne pouvait pas boire le sang de cet homme, dont elle entrevoyait un avenir brillant, qui aurait une incidence extraordinaire sur le pays. On ne pouvait pas tuer dans une ruelle ce poète révolutionnaire. Elle lui sourit.

-Prévoyez-vous plus participer à la politique de la France?


-Comme n'importe qui, fut sa seule réponse.

Saint-Just regarda autour de lui puis revint à la jeune femme, qui sut à cet instant qu'elle ne pourrait gagner sa nouvelle proie à la Révolution. Elle devait donc composer avec cette dernière. Pourtant, le soldat sortit un petit papier de sa poche et le tendit à Athénaïs.

-Voilà! C'est l'adresse du club des Jacobins. Je ne doute pas que vous connaissez. La Fayette, Robespierre et moi-même en faisons partie. Venez un de ces jours. J'aurai plaisir à vous revoir, mademoiselle. En fait, qui êtes-vous?

Athénaïs réfléchit rapidement. Devait-elle prendre la personnalité d'une noble ralliée aux nouvelles idées ou celle d'une jeune femme du peuple toute acquise au changement?

-Je m'appelle Athénaïs. C'est tout ce dont vous avez besoin de savoir, monsieur Saint-Just.

Puis, avec un dernier regard et sourire, elle s'éclipsa.

***

Athénaïs sautait d'arbre en arbre afin de rattraper le carrosse royal. Elle savait pertinemment qu'elle pouvait tenir le sort de la Nation entre ses doigts. À Paris, savait-on que le roi et la reine s'étaient enfuis? C'est probablement la mort de Mirabeau qui avait finalement décidé Louis XVI à fuir les Tuileries. La berline verte et jaune fonçait à grande allure vers ce que ses occupants percevaient comme la liberté. On venait de passer le premier relais à Bondy. Athénaïs avait vu Axel de Fersen laisser la famille royale. Elle continuait de suivre la berline royale pendant des heures sans jamais ressentir un signe de fatigue. À chaque arrêt, Athénaïs sentait que l'échafaud se rapprochait pour la famille royale. Il y avait aucun doute. Elle serait prête à parier que le maître de poste de Sainte-Menehould avait reconnu le roi, mais il n'avait pas réagi. Qu'attendaient-ils donc? À Paris, on devait être en ébullition. Le roi avait échappé à La Fayette! Mais voyons, que faisait-on?

À Varennes, alors que la nuit était tombée, la berline s'arrêta et attendit le relais. Il ne viendrait jamais. La folle escapée royale finissait à ce moment. Athénaïs le sut, à l'instant où elle vit le maître de poste arriver aussi dans la même ville. Cachée dans un coin sombre, profitant pour reprendre son souffle, qu'elle commençait à perdre après une journée complète de course, Athénaïs regardait la scène. Finalement, elle vit la garde nationale se mobiliser et placer des canons près du pont. Voilà s'en était fait d'eux! La berline de la famille royale est immobilisée près de l'église. On les somma de sortir et on les fit entrer dans l'estaminet du Bras d'Or, dans lequel Athénaïs se glissa aussitôt, alors que le tocsin sonna. La garde nationale était mise en alerte! Assise dans un coin derrière le bar, la jeune femme put tout voir. Quelqu'un reconnut formellement le roi et on envoya un messager à Paris. Athénaïs sourit. On commença donc à ramener la famille royale à Paris.

La jeune vampire fut du lot de gens qui suivirent le cortège. Ce n'est qu'à Meaux qu'elle prit conscience que tout était terminé pour eux. La violence de la foule était telle qu'on n'hésitait pas à s'en prendre aux enfants. Le 22 juin, vers 17 heures, Athénaïs tenta une approche près du carrosse lorsqu'elle entendit un cri de femme à l'intérieur de celui-ci. Elle se précipita entre les gardes nationaux, qui tentèrent de l'arrêter. Finalement, un de ces hommes la retint contre lui, échappant son fusil sur le sol. Athénaïs se débattit, mais elle se laissa mollement tomber sur son épaule, afin de mordre cet impertinent. Il s'en fallut de peu pour que cela se produit.

-Athénaïs, mais qu'est-ce tu fiches, ici?


La jeune femme releva la tête et regarda les yeux noisette qui la fixaient.

-Louis? Je pourrais te poser la même question!

-J'escorte la famille royale à Paris.

Se détachant de son emprise, elle se remit droite et éleva la tête.

-Même chose pour moi. Alors comment on réagit à Paris?

-Le club des Cordeliers demande la république, ainsi qu'une pétition qui circule, qui atteindra certainement les 30 000 noms! L'Assemblée nationale a déjà décrété la suspension du roi. D'après moi, ils viennent tous de signer leur arrêt de mort. Rien ne pourra plus les sauver de la justice de la Nation. Donne ta main, on tente de traverser, d'accord?

Athénaïs hésita, mais fut persuadée comme à son habitude par la passion de son amant. Elle lui donna la main et ils tentèrent de traverser la haie de la garde nationale, qui se tenait la crosse en l'air comme pour un enterrement. Quelqu'un au loin sur une estrade ordonna le silence.

-Quiconque applaudira le roi sera bâtonné, quiconque l’insultera sera pendu.

Athénaïs jeta un regard effrayé vers Saint-Just. Que tentait-il de faire? Le connaissant, elle craignait déjà!

-Je vais tenter d'agiter la foule. Tu es avec moi?

-Louis, tu es fou! Tu n'as pas entendu! On te tuera.

-Pas si tu es avec moi! Tu es une jolie femme, on n'osera pas s'en prendre à toi. Ne t'inquiète pas!

-Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète!


En disant cette phrase, Athénaïs avait tiré la main de Saint-Just, le faisant s'approcher d'elle. Il posa ses doigts sur sa joue froide et se perdit dans ses extraordinaires yeux violets.

-Je t'aime, tu sais.
Il posa ses lèvres sur les siennes, alors que la foule se resserrait autour d'eux. Si elle avait pu pleurer, Athénaïs l'aurait fait. Alors qu'elle voulut approfondir leur baiser, il le rompit et ce fut exactement le moment où la berline royale passa devant eux. Athénaïs jeta un dernier regard vers Louis. Elle savait qu'elle le perdrait à ce moment.

-Vive la Nation! Vive la Patrie! Vive la Garde nationale!
cria-t-il.

Automatiquement, quelques cris suivirent, mais pas assez pour soulever la foule. Saint-Just tira donc Athénaïs par la main et courrut avec elle jusqu'aux Tuileries, où l'atmosphère était plus violente. En effet, plusieurs jeunes gens, auxquels se joignit Saint-Just, se jetaient sur la berline royale. Il s'en fallut de peu pour que Marie-Antoinette fût écharpée! Ce fut de justesse qu'elle fut sauvée et que la famille royale entra aux Tuileries.

Dès que la grande porte fut fermée, Saint-Just jeta un sourire rayonnant à Athénaïs.

-Maintenant, peu importe ce qu'ils feront, ils auront tout perdu aux yeux de la Nation. Louis XVI a choisi de trahir la Patrie et cette fuite en est le symbole. Allez, viens, rejoignons Robespierre.
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